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Confus de Canard
Notre neige et la leur
Le même scénario se répète depuis des années à chaque hiver marqué par la chute des neiges accompagnée d’une grosse vague de froid : l’installation d’hôpitaux de campagne dans les régions concernées, notamment dans les zones montagneuses du Moyen-Atlas et du haouz. Sur instruction royale, la mobilisation des militaires bat son plein pour prodiguer des soins d’urgence aux populations vulnérables. Certes, les FAR sont rôdés pour ce genre d’interventions qu’elles ont déjà pratiquée avec maestria dans des zones de conflit au-delà des frontières, en Afrique et au Kosovo. Mais le Maroc est un pays stable et serein, qui jouit d’une sécurité indéniable que beaucoup de pays lui envient. Pourquoi alors recourir à des hôpitaux de campagne qui sont des unités de soins provisoires destinées aux zones de combat là où il aurait fallu que les civils agissent pour désenclaver, construire des routes dignes de ce nom et des hôpitaux en dur ? C’est pourtant lors de l’hiver très rude de 2007 que le froid glacial a frappé le village d’Anfgou situé entre Khénifra et Midelt à 2700 mètres d’altitude en faisant une trentaine de victimes essentiellement des enfants emportés par une épidémie faute de soins de proximité. Cette tragédie qui avait mis tout le pays en émoi avait permis aux Marocains de découvrir qu’il existe dans le Maroc profond des contrées enclavées qui lorsque la neige tombe en abondance se coupent du reste du monde. Au Maroc, la neige représente, un problème, une contrainte, voire une catastrophe alors que celle-ci est gérée ailleurs comme un atout touristique qui produit du développement local et des postes d’emploi pour les régions enneigées grâce à la création de stations de sport d’hiver qui attirent des touristes locaux et étrangers. Au Maroc, l’Oukaïmeden dans la région de Marrakech, qui possède pourtant toutes les qualités pour devenir une excellente plate-forme de ski, est handicapée par l’absence des infrastructures ( hôtels, restaurants, animation et autre activités récréatives …). Idem d'Ifrane où cette richesse qu’est la neige, figée à l’état naturel, reste sous-valorisée, ce qui se traduit par un manque à gagner important pour le secteur touristique national qui aurait pu développer, à l’instar de nombre de pays comme la France, l’Espagne et l’Italie, un tourisme hivernal de qualité. Or, le Maroc est l’un des rares pays où il est possible dans la même journée de skier (Marrakech ou Ifrane), se baigner (Agadir) et s’offrir un bain de sable (Merzouga). Mais encore faut-il revoir la politique touristique du pays, développer l’aérien pour désenclaver les régions à haute valeur ajoutée touristique et réaliser les investissements à même de rendre agréable le séjour du touriste. Donner un véritable coup de jeune à l’offre nationale en la diversifiant est à ce prix. En attendant, le Maroc en est réduit à agir au coup par coup en opérant de belles improvisations. La médiatisation de Anfgou a poussé les responsables à se mobiliser pour y lancer le strict minimum : un programme de désenclavement avec route, école et dispensaire. Mais les 1700 habitants du village attendent toujours les projets qui les sortiront de la misère. Pourquoi pas une activité de tourisme de montagne tout au long de l’année ? Or, des Anfgou dépourvus de sources de revenus et de perspectives d’avenir, il en existe une flopée qui, n’ayant pas eu la chance d’être placés sous les feux de la rampe, restent confinées dans l’oubli en continuant à souffrir en silence. L’Anti-Atlas, le nord et l’Oriental regorgent de villages et douars dépourvus de la moindre infrastructure de base et dont les habitants doivent se débrouiller tout seuls pour braver la rudesse du climat qui s’ajoutent aux ravages du dénuement. Ce Maroc-là, très éloigné des centres urbains et de la capitale, continue à produire une désespérance en pleine campagne. Sans que les élus ni les autorités locales concernées n’agissent sur le terrain pour changer ce réel qui pèse des tonnes pour ces exclus de la richesse nationale, souvent produite à quelques encablures du chef-lieu. C’est le cas par exemple de Marrakech où les habitants des villages alentours, loin de profiter des rentrées de l’activité touristiques manquent de tout… Derrière le Maroc des grands axes et de ses quelques privilégiés vit dans des conditions déplorables une bonne partie de la population. A quoi sert le tourisme marrarkechi s’il ne contribue pas à améliorer le quotidien des populations des régions avoisinantes ? Comme a dit henry Ford : « Un business dont le seul but est de faire de l’argent est un pauvre business »
 
 
Abdellah CHANKOU

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