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Le Maigret du Canard
Transport maritime : Othman Benjelloun à l’abordage
Le président de BMCE Bank Of Africa (BOA) a décidé de se lancer dans le transport maritime. Sera-t-il le sauveur d’un pavillon national en déroute ?
 
Othman Benjelloun n’est pas seulement un banquier hors pair qui a su anticiper les changements de tendance en positionnant la BMCE avant les autres sur les marchés porteurs. Il est aussi un investisseur brillant et avisé, doté d’un flair des affaires qui nécessite évidemment une bonne dose du risque. Le voilà qui donne une autre dimension à sa réputation de bâtisseur en décidant de devenir armateur. Procédant chez lui d'un acte patriotique fort, cette décision est évidemment bienvenue dans un pays qui a laissé curieusement mourir sa flotte sans réagir après la faillite de Comanav-Comarit suivie des difficultés d’IMTC de feu Mohamed Karia dont les navires en rade sont en proie à la rouille. Notons que la maritime n’est pas complètement étranger à BMCE Of Africa puisqu’elle était présente dans le tour de table de cette dernière compagnie- aujourd’hui à l’arrêt- dont elle avait financé une bonne partie des investissements et accompagné l’évolution depuis les années 90. C’est cette présence qui a dû certainement encourager la banque d’investir dans l’armement où elle a accumulé, à force de traiter des dossiers maritimes, une connaissance non négligeable. En business, M. Benjelloun n’est pas le genre à opérer un démarrage timide. Sur le transport maritime, il compte commencer très fort, avec une flotte de neuf navires flambant neufs, s’il vous plaît ! Le pari est très audacieux étant donné le caractère hautement capitalistique du maritime où le prix d’un bateau passager deuxième main coûte plusieurs millions d’euros. Sur cet investissement très lourd pouvant facilement avoisiner le milliard de dollars, le président de finance.com ne va pas seul. Il paraît qu’il s’est associé avec un armateur grec du nom de Attica Group. Le nouvel entrant n’envisage pas de se lancer dans le fret qui, lui, nécessite un autre dispositif plus complexe compte tenu de la concurrence féroce que se livrent les géants de l’armement sur le transport de marchandises. Dans l’immédiat, la nouvelle compagnie, baptisée Africa Morocco Links, dotée d’un capital d’un million de DH, compte exploiter le créneau du transport passagers entre le Maroc et l’Espagne régi depuis les années 60 par un accord instituant une exploitation à parts égales du trafic passagers sur le Détroit via des compagnies des deux rives. Le caractère équilibré de ce partenariat a pu être plus ou moins respecté jusqu’à récemment avec l’apparition des difficultés de Comarit-Comanav et plus tard d’IMTC qui ont abouti à leur faillite. Conséquence : rupture de cet équilibre historique au profit de la partie espagnole dont les armateurs ont profité du naufrage de leurs concurrents marocains pour asseoir leur monopole.
 
Concurrence
 
L’absence forcée du Maroc sur le Dé- troit a laissé le champ libre aux transporteurs espagnols et italiens pour imposer des tarifs jugés très élevés par les passagers principalement constitués des Marocains d’Europe qui retournent massivement au pays lors des vacances estivales. La situation était d’autant plus désespérée que le ministère de tutelle a lancé plusieurs appels d’offres qui se sont avérés infructueux pour l’octroi des lignes vacantes à des opérateurs nationaux pour qu’ils récupèrent le volume du trafic ferry dû à la partie marocaine. L’avènement d’un nouvel armateur solide et crédible est naturellement une bonne nouvelle pour les MRE en ce sens qu’il va permettre le retour de la concurrence sur un secteur hautement juteux. Dans un premier temps, le nouvel entrant a l’intention de desservir le parcours Tanger- Algesiras, qui connaît le plus d’affluence, en attendant peut-être d’opérer sur d’autres lignes. Beaucoup de Marocains qui se rendent en Espagne tout au long de l’année préfèrent traverser depuis le port de Sebta où n’opèrent que les compagnies espagnoles. Une partie de ce trafic peut profiter au Maroc pour peu que l’offre soit au rendez-vous avec à la clé des bateaux de qualité et des formalités (de la traversée) rapides. Tanger Med, auquel échappe pour le moment cette activité passagers non négligeable, a intérêt à se positionner, à l’instar de celui de Sebta, en port facilitateur de la traversée des passagers en réduisant le temps d’attente et en assouplissant les démarches. Les Espagnols sont conscients de la force du port marocain et de sa capacité à lui faire de l’ombre. C’est pour cela que les autorités espagnoles feront tout pour retarder l’entrée en service de la compagnie de Othman Benjelloun. Il paraît que les problèmes ont déjà démarré : la commission espagnole d’homologation des bateaux a rejeté le dossier d’un ferry (sur deux) pour des motifs fallacieux. «Tous les prétextes sont bons pour faire rater à Africa Morocco Links l’Opération Transit qui commence », explique une source maritime marocaine. Pour retarder le retour de la flotte marocaine sur ce bras de mer de 15 kilomètres, le lobby maritime espagnol est décidé à se mouiller.
 
 
Ahmed ZOUBAIR

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