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Edito
L’abattage dans tous ses états…

L’enquête récemment divulguée par la Cour des comptes sur l’état des abattoirs ne fait que confirmer, chiffres clairs et faits tangibles à l’appui, une réalité peu reluisante dénoncée à plusieurs reprises par les organisations professionnelles du secteur. Que ce soit l’Anpvr, la Fiviar, l’Onssa, tous ont longtemps alerté sur les archaïsmes qui continuent à empêcher la modernisation et le développement de la filière des viandes rouges qui représente un pan important de l’économie agricole. Ces archaïsmes ont pour noms les abattoirs communaux et autres tueries rurales gérées par les collectivités locales dans des conditions scandaleuses. Sans que le ministère de l’Intérieur, concerné au premier plan par ce problème crucial, n’agisse pour changer la loi, de telle sorte d’ouvrir le secteur de l’abattage à la gestion déléguée. Certes, quelques expériences d’abattoirs privés ont pu émerger dans quelques villes mais le monopole municipal est tel qu’il freine clairement l’investissement privé et fait perdre au pays plusieurs opportunités à l’export. Sans oublier les problèmes de santé publique que représente des bêtes tuées en dehors des règles d’hygiène et de traçabilité requises. Or, le paradoxe des paradoxes dans cette histoire, c’est que le ministère de l’Agriculture, sous la houlette de Aziz Akhannouch, a débloqué plusieurs milliards de DH, via un contrat programme ambitieux signé avec les professionnels du secteur, pour tirer vers le haut cette filière à fort potentiel de croissance. Résultat : les objectifs en termes d’élevage, de production et même de consommation ont été atteints avant terme. Mais seul le ministère de l’Intérieur continue à jouer les empêcheurs de ré- former en rond en maintenant sous sa tutelle des abattoirs archaïques (181 abattoirs communaux et 711 tueries rurales ) où les normes de propreté et d’hygiène ainsi que les règles de bonne gestion relèvent de l’utopie. Y a-t-il meilleure aberration que de persister à confier un maillon important de la chaîne de production qu’est l’abattage à des fonctionnaires municipaux alors qu’il doit dépendre logiquement du ministère de l’Agriculture ? Comment est-il concevable de s’accommoder d’un état des lieux qui annihile les efforts colossaux entrepris par ailleurs pour introduire une bonne dose de propreté et de transparence dans le circuit de l’abattage ? Or, le rôle de la commune dans ce dossier devrait normalement se limiter au contrôle sanitaire avec la collaboration de l’organisme compétent qu’est l’ONSSA. Le reste est affaire de professionnels. Point à la ligne. Sauf à vouloir continuer à sacrifier tout un secteur sur l’autel de considérations très peu objectives. du temps où il était ministre de l’Intérieur, Mohand Leanser s’était engagé lors d’un raout à Rabat devant son homologue Aziz Akhannouch pour dépoussiérer la loi relative à la gestion communale des abattoirs dans le sens d’un désengagement au profit des professionnels du privé sur la base d’un cahier des charges pré- cis et rigoureux. Mais rien n’a été entrepris ni par Mohand Leanser ni par son successeur Mohamed hassad qui a cédé sa place dans le gouvernement Al Othmani à Abdelouafi Laftit. Celui-ci sera-til le ministre qui prendra enfin le taureau par les cornes ou bien faut-il attendre jusqu’à la SaintGlinglin ? Cette situation pour le moins curieuse qui fait tache d’huile illustre parfaitement le vrai problème du Maroc qu’est ce va et vient permanent entre modernisation et archaïsme. Cette conduite hésitante sur les choix à opérer pour des considérations sociales souvent dépassées fait faire au pays un pas en avant, deux ou trois en arrière et plombe de ce fait l’avenir de plusieurs secteurs d’activité tout en empêchant le pays de rentrer de plain-pied pied dans la modernité et la cohérence.

Abdellah CHANKOU

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