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Edito
Fillon n’est pas marocain
Ce n’est pas au Maroc où l’affaire Fillon risque d’éclater et donner immédiatement lieu à une auto-saisine des juges pour déterminer s’il y a eu ou non détournement de fonds via des emplois fictifs. On en est encore très loin. Preuve, ce fait concomitant se rapportant à la liste du patrimoine du leader de l’Istiqlal Hamid Chabat et de sa famille, étalée par le menu dans une démarche qui sent moins l’investigation journalistique que l’inquisition matinée de malveillance sur les colonnes du quotidien de Niny. Tout y passe : terrains, immeubles, fermes, villas, enseignes commerciales et même les numéros de leurs comptes bancaires. Un vrai nabab que ce Chabat? Le mis en cause, qui se pose d’emblée en victime d’une cabale politique qui vise l’Istiqlal qu’il dirige, réagit via la toile à ces révélations sur les biens qui lui ont été attribués non pas en criant au mensonge et à la diffamation mais en s’employant surtout à minimiser leur valeur qu’il a estimé, entre revenus et propriétés, à moins de 75 millions de DH, acquis selon lui dans l’honnêteté et la transparence. Chabat a tenu ainsi à rassurer les sceptiques en leur lançant en substance : « Les dizaines de milliards de centimes avancés par le colporteur de ces ragots sont une pure illusion ». Pauvre Chabat, serait-on tenté de dire. Lui et les siens sont donc d’honnêtes citoyens. Il faut le croire sur parole. Or, seule la justice, au travers d’une enquête approfondie, est en mesure de dire si l’homme public qu’est Hamid Chabat a profité ou non de son statut politique et de ses mandats électifs pour s’enrichir de manière indue sur le dos de la collectivité. Mais on ne le saura certainement jamais. Comme c’est toujours le cas dans ce genre de situations, l’affaire se transformera en délit de presse, l’accusé ne manquant pas d’intenter un procès en diffamation au journal et à l’auteur de l’article incriminé qui sont tenus d’apporter la preuve de leurs allégations. Faute de quoi, ils seront condamnés pour injure et diffamation. Par-delà ses véritables motivations, l’aspect le plus important de l’histoire passera à la trappe puisque l’accusé, qui manipule en tant qu’élu l’argent public depuis plus de 35 ans , ne sera pas interrogé sur l’origine de sa fortune, histoire de vérifier si celle-ci est le fruit de son labeur ou du né- potisme, concussion et autre trafic d’influence qui sont monnaie courante dans la pratique politique à la marocaine. Fillon n’est pas Marocain. D’ailleurs, jamais un élu, ministre, modeste ou haut fonctionnaire n’a été inquiété sur ses biens depuis l’entrée en vigueur en 2010 de la déclaration du patrimoine visant à « moraliser la vie publique et de consacrer les principes de responsabilité, de transparence et de protection des deniers publics». A défaut de sanctions à l’encontre de ceux qui profitent de leur responsabilité pour accumuler des richesses monumentales à l’ombre des mandats publics ou minorent la valeur de leur patrimoine bien ou mal acquis, le citoyen lambda a le sentiment qu’il s’agit juste d’une formalité de plus dans l’arsenal juridique inopérant de la moralisation de la vue publique destiné à la consommation populaire et associative. Comment dans ces conditions croire que la chasse aux privilèges indus et la répression des transgresseurs procède d’une véritable volonté politique et que le temps de l’impunité est bel et bien révolue alors que la consultation de l’état du patrimoine des gouvernants relève d’un secret très bien gardé ? La Cour des comptes, chargée de la réception, suivi et contrôle de ces déclarations, est-elle vraiment l’instance tout indiquée pour ce travail sachant qu’aucune sanction n’a été prise jusqu’à présent contre les auteurs de fausses déclarations ou contre ceux qui ont refusé de se soumettre à la loi. Sur le registre non moins important du contrôle des deniers publics, les rapports de la Cour se suivent et se ressemblent, donnant très rarement lieu à des procès exemplaires. Fillon n’est pas Marocain. Pour avoir salarié sa femme et ses enfants sur le budget de l’assemblée nationale pour la bagatelle de moins de 10 millions de DH, le candidat de la droite a vécu l’enfer et pris le risque de plomber sérieusement sa campagne pour la présidentielle. Au Maroc, un Fillon n’aurait seulement pas été inquiété mais aurait en plus bénéficié d’une belle promotion…L’exception marocaine n’est pas une monnaie très forte…
 
 
Abdellah CHANKOU

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