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Edito
Réformer avec l’enseignant…

 

La dégringolade continue de plus belle. Le Maroc vient de perdre d’un seul coup 20 points dans le classement 2017 du forum économique mondial en matière de capital humain. Le recul par son ampleur est ahurissant : Sur 130 pays, le Royaume pointe à la 118ème place alors qu’il était classé 98ème un an auparavant. Mais qu’est ce qui s’est passé pour que le Maroc en arrive à ce ranking très peu flatteur ? Il est incontestable que le Maroc est en train de récolter les conséquences de la destruction de son école publique par une arabisation mal pensée, aggravée par une gouvernance faible et peu efficace matérialisée par une baisse généralisée du niveau à différentes sphères de la décision. Il n’y qu’à voir le profil des élus, ceux qui sont chargés de faire vivre comme il se doit la démocratie locale, que les partis infligent aux citoyens pour mesurer l’étendue des dégâts. Le ratage monumental de l’école revient depuis plusieurs années à la face de la nation tel un boomerang empoisonné via les classements internationaux à la fois du capital humain et du système éducatif. Miroir de multiples dysfonctionnements dans les politiques publiques et de l’inefficacité des stratégies mises en œuvre, ces baromètres représentent en quelque sorte le reflet de l’inanité des soi-disant réformes en série annoncées qui ne sont en fait qu’autant d’expérimentations hasardeuses. Ce n’est certainement pas avec la réintroduction de l’hymne national à l’école, l’équipement des classes de nouveaux pupitres flambant neuf et le ravalement de leurs murs que le gouvernement actuel pourra renverser la vapeur et permettre d’arrêter au moins cette descente aux enfers continue et inexorable qui plombe non seulement le décollage du pays mais lui fait faire plusieurs sauts en arrière. Mohamed Hassad qui en est parfaitement conscient a indiqué lors de sa première conférence de presse de la rentrée qu’il n’est pas idiot pour croire que le renouveau éducatif tant attendu viendrait de la rénovation du mobilier scolaire. Ce qui est rassurant. M. Hassad maîtrise donc son sujet. Tout en supposant que la volonté politique y est, la réforme Hassad sera vouée à l’échec si elle ne place pas l’enseignant au cœur du dispositif pour une véritable implication effective du personnel éducatif dans le processus de rénovation de l’enseignement et la rupture avec les décisions administratives prises depuis Rabat et envoyées sous forme de circulaires aux différentes académies, sans que personne ne vérifie si leur contenu a été bien assimilé et appliqué sur le terrain, à savoir en classe. Or, la réforme ne peut se faire qu’avec les enseignants. Pas contre eux. Or, les premières mesures du ministre, consistant à dénoncer les profs absentéistes à l’opinion public, ne sont pas de nature à gagner et à renforcer la confiance des profs, tant il est vrai que la réhabilitation de l’école passe par la réhabilitation du corps enseignant. En attendant l’école de demain, la crise éducationnelle, conjuguée à la démission des parents, rejaillit fatalement sur l’environnement social qui miné par plusieurs tares et contradictions perd de plus en plus en qualité et donne le sentiment que le Maroc de naguère était meilleur que celui d’aujourd’hui. Un constat cruel surtout que des efforts non négligeables ont été déployés au cours de ces deux dernières décennies dans les domaines aussi bien des infrastructures, de l’investissement que du financement du développement humain via l’INDH. Sommes-nous condamnés à être les spectateurs admiratifs du développement des autres ?

NB : Dans ce contexte scolaire à reconstruire, tout n’est pas complètement noir. Il existe des îlots de réussite qui peuvent inspirer les responsables, à l’image de l’université Cadi Ayyad (UCA) que le prestigieux classement Shanghai Ranking des 500 meilleures universités dans le monde, a placé au Top 300 dans le domaine des mathématiques sur 1200 universités mondiales. Au Maroc, au Maghreb et en Afrique francophone, l'université de Marrakech dirigée par Abdellatif Miraoui arrive en tête. En physique, elle pointe à la deuxième place au Maroc derrière l'université Mohammed V et troisième en Afrique et deuxième dans le monde arabe dans la même discipline.

Abdellah CHANKOU

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