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Le Maigret du Canard
Apport des musulmans à la civilisation (3)
Le Canard reproduit de larges extraits du livre de Haïdar Bammate, publié aux editions Tawhid, sur la contribution importante des musulmans dans différents domaines, notamment les sciences exactes. Ce qui illustre la force et le dynamisme de la pensée islamique.
 
 
4. La chimie
On exagère à peine lorsqu'on dit que la chimie comme science n'existait pas avant les Arabes. Certes, les Grecs en possédaient quelques éléments, mais ils ignoraient complètement les corps les plus importants, tels que l'alcool, l'acide sulfurique, l’eau régale, l'acide nitrique. Leur découverte fut réservée aux Arabes, ainsi que celle de la potasse, du sel ammoniaque, du nitrate d'argent, du sublimé corrosif et de la préparation du mercure. Si l'on ajoute à cela le fait que l’un des procédés fondamentaux de la chimie, la distillation, fut l'œuvre des Arabes, qu'ils furent les premiers à employer les méthodes de sublimation, de cristallisation, de coagulation et de coupellation pour extraire ou combiner des substances, on est forcé de reconnaître que l'apport arabe à cette science fut vraiment décisif. Un grand nombre de termes employés en chimie, comme alcool, alambic, alcali, élixir, etc. sont d'origine arabe.
Le plus grand des chimistes arabes fut sans doute Abû Mûsa Ja’far l-Kûfî (Djeber). Il vécut dans la seconde moitié du Vllle siècle. Ses travaux forment une véritable encyclopédie scientifique et résument la science chimique de son temps. Plusieurs de ses travaux furent traduits en latin. Le plus important d'entre eux est la Somme de perfection, traduit en français en 1672. Abel Bakr Ibn Zakaryyâ Ar-Razi (Rhazes) fut le premier à donner dans son ouvrage Al Hâwî la description des procédés pour la fabrication de l'acide sulfurique et de l'alcool, qui s'obtenait par la distillation de matières féculentes ou sucrées fermentées.
Les recherches théoriques amenèrent les Arabes aux applications pratiques de cette science. L'application de la chimie à la pharmacie n'est pas le moindre des mérites des savants musulmans. Un grand nombre de produits d'usage courant, tels que le camphre, l'eau distillée, les emplâtres, les sirops, beaucoup de pommades et d'onguents sont dus aux Arabes. Les progrès de la chimie industrielle se traduisirent chez les Arabes par la grande habileté de leurs artisans dans l’art de la teinture, dans la préparation des cuirs et dans la trempe d'acier.
Parmi les inventions d’utilité industrielle, il y a lieu de citer tout particulièrement celle de la poudre et la fabrication du papier de coton, de lin et de chiffon. L’invention de la poudre fut longtemps rattachée au nom de Roger Bacon, Albert le Grand et Berthold Schwarz. On l’attribue souvent aussi aux Chinois. Les travaux de MM. Reinaud et Favé ont nettement démontré qu’aux Chinois appartient la découverte du salpêtre et son emploi dans les feux d’artifice, mais l’invention de la poudre comme substance explosible destinée à chaser les projectiles, c’est-dire l’invention des armes à feu, est due uniquement aux Arabes. Ils en firent usage, notamment en 1342, pour défendre Algésiras quand il fut attaqué par Alphonse XI.
On en saurait exagérer l’importance de l’invention du papier. Elle ouvrait une nouvelle ère pour la civilisation. La diffusion du livre à bon marché et la vulgarisation de la science ne sont devenues possibles qu’à partir de la substitution par les Arabes du papier ordinaire au parchemin des Anciens et au papier de soie des Chinois.
 
5. Les sciences naturelles
En sciences naturelles, après avoir commencé par les commentaires d'auteurs grecs, les Arabes se livrèrent rapidement à l'étude de la nature et aux observations personnelles. Ils arrivèrent ainsi enrichir l'herbier de Dioscoride de deux mille espèces. La pharmacopée arabe contenait plusieurs plantes et matières médicales entièrement inconnues des Grecs. On leur doit l'usage de la rhubarbe, de la pulpe de tamarin, de la casse, de la manne, des feuilles de séné et du camphre. L'emploi du sucre qu'ils préféraient au miel, les conduisit à une foule de préparations salutaires et agréables. A l'aide du sucre, ils composèrent des sirops, des juleps, des conserves d'herbes et de fruits. Les Arabes ont fait connaître à l'Occident des parfums et des aromates: l'encens et autres gommes odoriférantes de l'Arabie, l'essence de rose, la noix de muscade, le clou de girofle, le poivre. C'est de l'Orient musulman que sont venus les légumes tels que la tomate, l'asperge, l'artichaut, ainsi que toute sorte de sucrerie et une quantité de fleurs exquises : le lilas, le jasmin, la tulipe, la rose du Japon, le camelia, etc. Le café est bien entendu d'origine yéménite. Parmi les animaux domestiques, les races chevalines les plus pures viennent de l'Arabie, les meilleures espèces de la race caprine de l'Asie mineure, les races ovines les plus réputées du Maroc. Les Arabes avaient placé l'agriculture au plus haut degré de perfection et s’étaient sérieusement intéressés à la géologie.
 
6. La médecine
La médecine, à côté des mathématiques et de la chimie, fut la science qui attira le plus les Musulmans. Elle faisait, aux premiers siècles de l'Hégire, partie intégrante d'une instruction soignée. Aussi, le nombre des médecins célèbres et des ouvrages qu'ils laissèrent est-il considérable. L'influence des médecins musulmans sur la science médicale en Occident fut capitale. Au cours de plusieurs siècles, les œuvres de Rhazes, d'Avicenne, d'Abul Casis et d'Ibn Zohar constituèrent la matière principale de l'enseignement dans toutes les universités de l'Europe. Les écoles de médecine de Salerne et de Montpellier surtout acquièrent une réputation universelle. Le corpus médical de Rhazes qu'il publia sous le titre de Al Hâwï (Le Continent) ainsi qu'un autre ouvrage intitulé Mançuûrî, portant le nom du khalife Al-Mançûr, à qui le livre fut dédié, furent les manuels médicaux les plus respectés et les plus utilisés pendant plusieurs siècles. Al Hâwï était un des neuf livres qui composaient toute la bibliothèque de la Faculté de Médecine de Paris en 1395. Il contient la première description de certaines fièvres éruptives telles que la petite vérole et la rougeole. Ar-Râzi introduisit dans la pharmacie l'usage de purgatifs doux, de ventouses dans les cas d'apoplexie, de l'eau froide dans les fièvres continues. On lui attribue l’invention du séton, dont il faisait un emploi fréquent. Les œuvres d'Ar-Razi furent traduites en latin et imprimées plusieurs fois, notamment à Venise en 1509 et à Paris en 1528 et en 1578. Son traité sur la petite vérole fut réédité la dernière fois en 1745.
 
Haïdar Bammate
 
 

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