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Confus de Canard
Le loup est dans la bergerie
"Respect Ramadan, no bikinis" (Respectez le Ramadan, pas de bikinis). Destinée aux touristes étrangers, cette affiche, plantée par un groupe de surfeurs sur une plage d’Anza dans la région d’Agadir, a suscité une vague d’indignation mâtinée d’incompréhension dans tout le pays. Faut-il en déduire que les touristes qui viennent bronzer sur le littoral marocain doivent-ils désormais pour être acceptés et tolérés troquer leur bikini contre le burkini ?!
Alors qu’ils n’ont pas encore digéré cette marque d’intolérance sans précèdent dans la capitale du Souss, les Marocains ne tarderont pas à être choqués par une autre affaire qui suinte le même extrémisme attentatoire aux libertés : l’interpellation de deux jeunes filles à Inzeggane qui seront jugées le 6 juillet pour « atteinte à la pudeur» pour s’être promenées en robe dans un souk de la localité ! Dans la première affaire comme dans la deuxième, ce sont quelques individus visiblement fanatiques qui sont à l’origine de ces comportements extrémistes, cherchant à imposer leur loi à tout un pays. L’intégrisme, qui prospère sur le terreau fertile que tout le monde connaît, commence toujours ainsi, se développant par petites touches, avec quelques cas isolés avant de s’imposer surtout si en face la réaction des pouvoirs publics n’est pas vigoureuse pour sévir contre ces appentis-sorciers de l’extrémisme. Or, jusqu’ici, on n’entendait parler de ce genre d’histoires que dans des pays taxés d’obscurantisme comme l’Afghanistan. Pas au Maroc connu pour être une terre de tolérance et d’ouverture dont la population a su sortir du lot en cultivant un islam éclairé respectueux des autres. Voilà que cette image d’Epinal vole en éclats, à la faveur de ces deux incidents qui ont fait le tour du web comme une traînée de poudre. L’affaire des bikinis a mis les opérateurs touristiques d’Agadir dans l’embarras, craignant que ce fait divers ne fasse vider les hôtels d’une cité qui a déjà beaucoup perdu de son attrait. En tout cas, les deux affaires ne sont pas flatteuses ni pour l’image d’Agadir ni pour la réputation du Maroc qui risque d’être catalogué pays où l’intégrisme a le vent en poupe. L’on comprend que l’affaire du bikini ait scandalisé les milieux touristiques et modernistes car elle n’est nullement représentative de la réalité de la société marocaine ou du moins de l’image qu’elle donne à l’extérieur. La vérité est moins rose qu’on veut le faire croire car une partie de la société marocaine est traversée depuis plusieurs années de manière sous-jacente par des pulsions extrémistes. Mais ces derniers temps, un changement est en train de s’opérer : ces pulsions ne sont plus en état de latence, elles commencent à remonter en surface. Certainement non pas de manière spontanée mais à cause de l’ambiance actuelle marquée par une recrudescence des discours moralisateurs jusqu’à l’excès. Il s’agit désormais de savoir dans quelle mesure les islamistes du PJD, au pouvoir depuis 2011, ont installé de manière directe ou indirecte, par le biais de leurs sorties sermonneuses, une ambiance propice à l’émergence de ces comportements jusqu’au-boutistes chez la masse. Est-ce un hasard si les dirigeants du PJD, à commencer par leur chef, d’habitude prompts à prendre position sur le moindre sujet, ont évité de s’exprimer sur le problème des deux fillettes dont l’accoutrement, il faut le dire, ne correspond, pas vraiment, au modèle islamiste…
Le grand défi pour les gouvernants au Maroc est de changer de langage en évitant de manipuler comme ils l’ont fait jusqu’ici la mélasse du populisme religieux et de revenir à des discours civils qui soient politiquement responsables qui reflètent une action gouvernementale soucieuse du développement économique et social du pays et du bien-être des citoyens. Autrement, le risque est grand d’ouvrir la boîte de Pandore et de dresser une partie de la société contre une autre. Comme si les affaires des jupes et du bikini n’étaient pas suffisantes, voilà qu’un un homosexuel a failli être lynché à Fès par une foule en furie, ne devant son salut qu’à l’intervention d’un policier qui a dû tirer en l’air pour faire reculer les agresseurs ! On peut maîtriser les islamistes mais peut-on contrôler les effets de leurs discours moralisateurs sur la société ?
Abdellah CHANKOU

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