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Confus de Canard
Professionnaliser les festivals
Cette année, pas de festivals pendant la période du 18 juin au 18 juillet, Ramadan oblige. du coup, nombre de régions et de villes "festivaleront" après le mois sacré au grand plaisir des populations alors que d’autres ont préféré anticiper comme celui des gnaouas d’Essaouira, premier à ouvrir le bal et qui aura lieu du 14 au 17 mai. Cet événement culturel, très prisé par les foules d’ici et d’ailleurs, représente un vrai phénomène festivalier, fort de son ancrage dans la tradition marocaine et sa capacité à interagir tout en se renouvelant chaque année avec les musiques d’autres contrées. Au-delà de son cachet authentique qui lui a permis de traverser le temps (18 ans déjà) sans prendre une ride et la joie qu’il donne à son public le temps d’un week-end riche en sensations, le Festival d’Essaouira joue un rôle économique essentiel au bénéfice de la ville qu’une étude réalisée l’année dernière par un cabinet national a démontré, chiffres à l’appui. En plus d’être un excellent instrument de promotion d’Essaouira, il a été ainsi établi que chaque dirham investi par les organisateurs en génère 17 pour l’économie locale et que pendant la période du festival les différents commerces voient leurs chiffres d’affaires se multiplier par 2, voire 7 pour certains d’entre eux. En effet, la petite médina avec ses ruelles est prise d’une frénésie commerciale inhabituelle : restaurants, snacks, cafés et vendeurs d’artisanat… Sans parler des hôtels, riyads, pensions et autres formules d’hébergement qui affichent complet. En somme, les affaires marchent pour tout le monde y compris pour les vendeurs ambulants, qui profitent de cette dynamique exceptionnelle pour exposer bibelots et souvenirs locaux. Et ça consomme du matin jusqu’au petit matin. Dans la convivialité et la bonne humeur. C’est à l’aune des retombées économiques, directes, indirectes ou induites par un festival que se mesure sa réussite et son utilité. Celui des gnaouas en particulier, avec son budget dérisoire de 12 millions de dh alors qu’il mérite au moins le double, est parvenu à devenir un événement touristique incontournable qui rayonne au-delà des frontières grâce à l’entregent de sa présidente Neïla Tazi et la persévérance de son équipe. Combien de festivals organisés un peu partout au Maroc, y compris les plus nantis en moyens, peuvent prétendre à un tel niveau d’enracinement dans leur environnement avec des retombées économiques aussi substantielles ?Certes, il est nécessaire dans un pays où l’animation demeure le parent pauvre des politiques locales et même nationales d’offrir ne serait-ce qu’une fois par an des exutoires à une population vivant dans territoires rongés par de multiples déficits d’ordre économique, social et culturel. Mais l’un n’empêche pas l’autre. Offrir du bon temps aux citoyens en leur permettant de se divertir n’est pas antinomique avec la professionnalisation des festivals, principale condition pour devenir des entreprises rentables et assurer leur pérennité. Ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui puisque les festivals, pour la majorité déficitaires, vivent essentiellement grâce au sponsoring obtenu plus ou moins de bonne grâce. Mais jusqu’à quand ?
Abdellah CHANKOU

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