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Révélations
Les nouvelles autoroutes du trafic

Le trafic de carburant d’Algérie n’est plus cantonné à la seule zone de l’Oriental. Encouragés par le laxisme des autorités et la souplesse de la loi, les contrebandiers ont conquis récemment deux nouveaux marchés, Fès et Meknès. Le groupement des pétroliers du Maroc tire la sonnette d’alarme.

 Le carburant de contrebande en provenance d’Algérie gagne du terrain. Le commerce des produits de ce trafic ne se limite plus à la seule région de l’Oriental. Selon les distributeurs du secteur légal, la vente se fait maintenant à Fès, Meknès, Taouanate et les environs. Désormais, les contrebandiers utilisent de gros moyens, notamment des camions-citernes pour convoyer le carburant jusqu’aux nouvelles villes-cible.

La mise en service de l’autoroute Fès-Oujda a joué un rôle déterminant dans cette expansion. «L’autoroute a facilité la tâche aux contrebandiers en ouvrant un grand boulevard devant eux», explique un gérant d’une station d’essence à Fès.

Avant l’ouverture de cette dernière, ce trafic illicite était effectivement cantonné à l’Est du pays où il génère un profit juteux pour les contrebandiers qui utilisent les Moukatilates (voitures-bélier) et même des armes pour forcer les barrages de contrôle. Mais que fait la police et la gendarmerie? Pourquoi elles ne font rien pour empêcher l’extension de ce trafic toléré seulement dans la zone Est pour des raisons socioéconomiques et politiques ? Les distributeurs dénoncent des complicités à ce niveau-là, accusant certains éléments en faction dans l’Oriental de fermer les yeux et de ne pas agir pour empêcher les trafiquants de descendre jusqu’à Fès et Meknès. La disparition des barrages de la douane, dressés habituellement sur les routes de l’Oriental comme Guercif et Outat El Haj, a également encouragé la progression des trafiquants vers les villes du centre. Ils sont désormais déterminés à élargir davantage le périmètre de leurs «affaires».

La gendarmerie de la région de Fès a justifié son inaction auprès des autorités locales (la wilaya de Fès) par le fait que les dispositions du nouveau code de la route interdit aux gendarmes d’arrêter les automobilistes sur les autoroutes. Mais le même code leur donne le droit de procéder aux contrôles au niveau des péages. Ce qu’ils n’hésitent pas à faire pour veiller au respect de la vitesse autorisée et autres règles. Pourquoi ne font-ils pas preuve de la même vigilance à l’égard des contrebandiers du gasoil algérien ? Là est toute la question.

Ce laxisme sécuritaire, qui est nature à encourager et à fortifier les trafics en tout genre sur les axes autoroutiers, vient s’ajouter à un autre problème et non des moindres : La souplesse de la loi qui ne criminalise pas la contrebande puisqu’elle prévoit juste des amendes au profit de l’administration des douanes en cas de démantèlement d’un réseau de contrebande.

Les pénalités financières quand bien même elles sont lourdes ne sont pas de nature à lutter contre ce phénomène et à dissuader les contrebandiers qui provisionnent des sommes considérables à cet effet. Résultat : Se sachant à l’abri de la prison et du contrôle, les réseaux illégaux de l’or noir acheminent tranquillement depuis 8 mois leur marchandise jusqu’aux centres urbains de Fès et Meknès où ont vu le jour non seulement des dépôts mais aussi des échoppes de détail qui vendent du carburant aux automobilistes. Ces derniers viennent régulièrement s’approvisionner en bidons entiers au vu et su des autorités essentiellement en gasoil, l’essence étant très peu disponible en contebande.

Manque à gagner

Prix du litre du diesel: 5 DH . Soit 3,15 DH moins cher que dans les stations-service. Les contrebandiers, eux, gagnent 1 DH net de toute charge sur chaque litre, ce qui leur fait une marge de 25%. Soit beaucoup plus que la marge du secteur de la distribution qui n’excède pas, elle, les 4% alors que les opérateurs paient taxes, impôts et autres charges. D’où cette boutade du responsable d’une enseigne étrangère qui résume l’exaspération de la profession face à la nouvelle ampleur prise par ce commerce illicite : «Il ne nous reste plus qu’à fermer à double tour nos entreprises et nos stations-service dans tout le pays pour nous livrer tous à cette joyeuse et juteuse contrebande». « Trop c’est trop », s’écrie de son côté un membre du groupement des pétroliers du Maroc (GPM) qui évalue à quelque 500 tonnes le carburant de contrebande écoulé quotidiennement en 2012 dans la zone Est. Il ajoute: «Avec l’apparition des marchés informels de Fès et Meknès, la quantité écoulée pourrait passer facilement du simple au double pour les premiers mois de 2013». L’arrivée du diesel sur les marchés de Fès et Meknès depuis 8 mois environ a déjà rejailli sur le chiffre d’affaires de certains distributeurs à hauteur de 30 à 40%.Les distributeurs du pays ont fini par intégrer le manque à gagner (évalué à 1 milliard de DH) pour leur activité causé bon an mal an par le trafic des produits pétroliers dans l’Oriental, considéré comme une zone sensible, un manque à gagner consubstantiel à l’économie frontalière et la proximité du Royaume avec un gros pays producteur de pétrole qu’est l’Algérie. D’ailleurs, dans les villes de l’Oriental, les stations-service n’existent pratiquement pas. Seuls opèrent une vingtaine pour l’ensemble des villes de la région dont le gros des besoins est couvert par le carburant algérien qui se vend plus ou moins sous le manteau. Et voilà que les distributeurs voient leur marge jugée déjà dérisoire, se réduire un peu plus avec l’orientalisation de Fès et Meknès. Se sentant de plus en plus puissants, recourant souvent aux armes pour protéger leurs convois, les barons de la contrebande convoitent désormais Rabat et Casablanca.

Le voisin qui nous veut du bien

La fermeture de la frontière terrestre depuis 1994 est une aubaine pour les puissants lobbys du trafic qui en profitent pour raliser de juteuses affaires. Alger nous fourgue en souterrain son trop-plein de psychotropes, de mauvais diesel, d’huile de table et autres médicaments périmés. Bouteflika et ses généraux sont tellement prévenants avec leur voisin qu’ils cherchent toujours à lui fourguer un sous-produit bien encombrant made in Algérie : Le Polisario. Mais celui-là aura du mal à trouver preneur.

 
Ahmed ZOUBAIR

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