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Révélations
Miloud Chaâbi et ses grands scandales
 Le milliardaire marocain traîne beaucoup d’affaires qui mettent à mal l’image policée qu’il a toujours veillée à donner de lui-même. Qui est-il vraiment ? Le Canard a mené l’enquête.
 

Les autorités équato-guinéenes ne cachent plus leur exaspération envers Miloud Chaâbi et son groupe. Motif : le retard énorme et injustifié accusé par un projet immobilier (504 logements sociaux et 42 villas) que l’homme d’affaires marocain devait réaliser dans la capitale Malabo suite à une convention d’investissement signée en avril 2005 qui prévoit la livraison du complexe résidentiel dans un délai de 28 mois. Celle-ci était supposée intervenir en août 2007 mais pour des raisons inconnues les travaux ont traîné au-delà du raisonnable, ce qui fait que seule une centaine de logements ont été achevés. Et pourtant, Miloud Chaâbi a empoché à la signature 40% du montant du projet, soit la coquette somme de 13,2 millions d’euros. Suivie par la division Afrique au ministère marocain des Affaires étrangères, cette affaire commence à prendre des proportions politiques, créant une certaine tension entre Rabat et Malabo. Car Yanna Holding de Chaâbi a profité en quelque sorte de l’excellence des relations entre Rabat et Malabo pour décrocher ce chantier colossal.

Or, M. Chaâbi donne l’impression de ne pas vouloir revenir à de meilleurs sentiments envers ses clients equato-guinéens puisqu’il a pratiquement envoyé balader une délégation officielle que la président Nguema lui même a dépêchée auprès de lui à Rabat. Objectif: Tenter de trouver une solution amiable à ce qui dégage un parfum de scandale. Devant ses interlocuteurs, Juan Nko Mbula, ministre des Travaux publics, Angel Mokara Moleila, secrétaire d’État aux Affaires consulaires et Francisca Obiang Gimenez, présidente de l’Agence des grands projets (GE Proyectos) et fille du chef de l’État, le père Chaâbi n’a rien voulu savoir, refusant le compromis qu'ils lui ont proposé. Les envoyés de Nguema repartiront froissés et en colère.

Subterfuges

Pour ceux qui connaissent bien son mode opératoire en matière des affaires, les agissements de Miloud Chaâbi ne sont pas vraiment étonnants. L’homme est connu pour décrocher des projets à gros budgets avec des avances substantielles et de s’arranger ensuite pour ne pas les faire aboutir dès qu’il s’aperçoit qu’il y a une brèche dans le contrat. Pour justifier l’arrêt des travaux, il n’est jamais à court d’excuses et de subterfuges, faisant traîner les choses pendant plusieurs années. Le temps joue évidemment pour lui, n’hésitant pas à attirer ses interlocuteurs vers de longues négociations qu’il sait d’avance infructueuses tout en se préparant à la prochaine étape : la bataille judiciaire. Une bataille qui peut encore s’étirer sur des années…

Miloud Chaâbi applique le même stratagème avec ceux qui ont eu le malheur de s’associer avec lui pour monter des projets communs. Le groupe français Fives l’a appris à ses dépens. Choisi suite à un appel d’offres international pour construire la (première) cimenterie du groupe, Ynna Assment dans la région de Chaouia-Ouardigha, il ne tarde pas à découvrir le vrai visage de Si Miloud quand celui-ci monnaye la caution bancaire d’une dizaine de millions d’euros.

Après avoir épuisé toutes les voies à l’amiable, le plaignant soumet le litige à la cour d’arbitrage à Genève et obtient un jugement en sa faveur. Un jugement qu’il aura du mal à faire exécuter au Maroc. Tel est Miloud Chaâbi. Après d’inombrables manoeuvres dilatoires et delouvoiements, il tombe le masque en défiant son désormais adversaire qui n’a de cesse de réclamer son dû : « Je n’ai rien à vous donner, si vous estimez avoir été lésé, estez en justice »

C’est exactement ce qu’il a lancé à la délégation équato-guinéenne venue le raisonner et l’inviter pour la dernière fois à tenir ses engagements ou d’indemniser l’État pour le préjudice qu’il lui a fait subir. Drôle d’attitude de la part d’un opérateur économique censé respecter sa signature et tout faire pour éviter les casse-tête judiciaires. Mais ce serait mal connaître Chaâbi. Aussi étrange que cela puisse paraître, il aime aller au procès qu’il se donne tous les moyens de gagner même s’il n’est pas dans son droit. N’a-t-il pas débauché deux grands magistrats de la place casablancaise auxquels il a confié le département juridique de son groupe ? Le patron de Ynna Holding ne les a pas engagés pour leurs beaux yeux mais bel et bien pour leur connaissance approfondie des labyrinthes de la justice marocaine…

L’haj Miloud l’autodidacte des Chiadma, fier de ses origines, est un personnage unique doté, selon ceux qui ont eu à le fréquenter, d’une intelligence diabolique et d’une mémoire toujours aussi vivace malgré l’oeuvre du temps.

«On dirait qu’il a un ordinateur à la place du cerveau, tellement il se souvient de tout y compris des faits remontant à très loin », confie une connaissance. En fait, l’enfant prodige d’Essaouira est un manipulateur-né doublé d’un calculateur redoutable.

Délation

Il ne possède pas seulement l’intelligence des affaires mais aussi celle des intrigues et des coups fourrés. À son âge, 83 ans aux prunes, on passe normalement la main pour s’accorder une belle retraite et profiter du temps qui lui reste à vivre surtout que le milliardaire des Chiadmas n’a plus rien à prouver…

Depuis son bureau du siège de Ynna Holding à Casablanca, un bâtiment austère et peu accueillant qui ne correspond guère au poids financier du groupe, le patriarche est au courant de tout ce qui se passe dans chaque filiale de son conglomérat. Normal, explique un ancien collaborateur qui confie que Chaâbi père reçoit une centaine de coups de fils par jour de la part de certains de ses collaborateurs qui le tiennent informé de manière circonstanciée de l’actualité journalière de son empire. Rien ne lui échappe des faits et gestes de ses subalternes, il est constamment à la manoeuvre.

C’est sa conception du mangement qui n’est rien d’autre en fait qu’un système de délation qui lui permet d’avoir tout le monde à l’oeil. En fonction des remontées qu’il reçoit, le président mitonne ses stratégies qui consistent à tendre un piège à tel ou à tel cadre qu’il aura mis dans le collimateur ou à préparer le licenciement de tel autre dont la tête ne lui revient plus. D’ailleurs, Rachid Hitmi, qui faisait depuis 1997 office de directeur général du groupe et de son fondé de pouvoir, a été débarqué en février 2009 dans des circonstances mystérieuses.

Les directeurs des entreprises Chaâbi ont tous la trouille, si bien qu’ils sursautent à la moindre sonnerie de leur portable. La peur s’empare aussitôt d’eux lorsque le numéro de Lhaj Miloud ou de son assistante s’affiche sur l’écran. La peur d’entendre cette sentence qui tombe comme un couperet : Vous êtes virés.

Des directeurs, Miloud en a consommé un bataillon qu’il jette comme un kleenex quelques mois après les avoir débauchés de chez la concurrence en leur proposant des salaires importants. Cas parmi tant d’autres, le premier directeur qui a assuré le lancement et l’installation de Al Karama, la filiale eaux minérales de Ynna Holding. Limogé, il sera remplacé par un sous-directeur avec un salaire inférieur. Ainsi fonctionne Chaâbi, il fait miroiter au début à ses recrues une situation financière très confortable et au bout de quelque temps il revoit leur traitement à la baisse en arguant entre autres d’une baisse du régime de l’entreprise. Cette façon de faire lui permet d’avoir régulièrement un bon turnover de salariéssous-payés.

C’est ainsi que dans toutes les filiales du bazar industriel de Chaâbi, les responsables vivent dans la crainte d’être licenciés, sans autre forme de procès. Même victime d’un licenciement abusif, la personne débarquée se sait condamnée.

C’est le pot de terre contre le pot de fer. Lhaj Miloud la terreur. Derrière son visage basané d’octogénaire inoffensif et débonnaire se cache en vérité un homme que l'on dit machiavélique et impitoyable qui n’hésite pas à briser des destins et à mettre à terre des petites entreprises. 

Sur ce dernier point, le groupe Chaâbi a acquis la réputation peu flatteuse de mauvais payeur qui ne règle pas ses fournisseurs. Nombre d’entre eux ont souffert de ces agissements. Souvent, Chaâbi pousse ses victimes qui veulent en découdre avec lui vers la justice, son terrain de prédilection où, en procédurier qu’il est, il a plus d’un tour dans son sac. Voilà un groupe réputé financièrement solide qui brasse plusieurs milliards de DH de chiffre d’affaires et qui en même temps rechigne à payer les autres. Là réside tout le paradoxe de Chaâbi et de ses entreprises.

À y regarder de plus près, l’image de berger autodidacte devenu milliardaire par le culte du travail et son goût de l’effort qu’il aime cultiver relève-t-elle de la légende ou de la réalité ? Finalement, cette success story qui fait rêver n'est-elle pas à relativiser, servant à masquer un système aux méthodes souvent peu avouables ? Quand Lhaj Miloud empoche des avances se chiffrant en plusieurs millions d’euros sans avoir réalisé le projet comme c’est le cas pour la Guinée-Équatoriale et d’autres en Égypte et ailleurs, il fait main basse sur l’argent des autres. Une manne extraordinaire qui lui sert de source de financement pour d’autres projets qui lui rapportent gros pendant que la procédure judiciaire, lancée par ses proies pour récupérer leur dû, s’enlisent dans les tribunaux. «Chez papa Chaâbi, planter ses partenaires est plus qu’un métier, un investissement très rentable», explique un entrepreneur qui a subi la loi Chaâbi.

Fortune

Selon plusieurs témoignages, les affaires de Miloud sont un mix de filouterie et d’effronterie, de ruse et de franc parler. Mais pour bien cacher son jeu, il cultive sciemment dans les médias l’image d’un homme d’affaires atypique qui s’arroge le droit de hausser le ton et de fustiger ses adversaires pour ne devoir rien à personne et surtout pas au système à l’ombre duquel se sont construites bien des fortunes.

C’est cette image de rebelle mais honnête qu’il entretient particulièrement par le biais de son business halal (interdiction de vente d’alcool dans ses hôtels et ses supermarchés), dénotant dans les milieux d’affaires marocains que l’opinion publique non avisée, confite d’admiration, retient naturellement de Lhaj Miloud. Mais celui-ci a toujours soigneusement évité de parler de l’essentiel, à savoir l’origine exacte de sa fortune colossale. Or, la rumeur qu’il n’a jamais pris la peine de démentir publiquement le présente comme le prête-nom de colonel Kadhafi qui plaçait ses billes via Miloud Chaâbi dans les économies des pays-cible comme l’Égypte, la Tunisie et le Maroc. C’est pour cette raison-là peut-être que feu Hassan II a freiné l’appétit aigu de Chaâbi pour les entreprises privatisables dans les années 90 du temps où il était député de l’Istiqlal et membre de la commission parlementaire des privatisations.

«Chaâbi était systématiquement candidat à racheter toutes les sociétés que l’État voulait céder», se souvient un ancien élu. Mais à sa grande frustration qui se transformera vite en ressentiment contre le roi défunt, il ne mettra dans son escarcelle que la Snep dont le titre a perdu depuis son introduction en bourse en 2007 plus de 85% de sa valeur (168 DH alors qu’elle a été introduite à 1.250).

Pour une performance, c’en est vraiment une ! Principales victimes de ce dévissage boursier, les petits porteurs avaient menacé de saisir la justice. En tout cas, nous sommes bien face à un scandale qui soulève bien des interrogations quant à la gestion de la société, la seule du groupe qui soit cotée en bourse alors que Chaâbi avait promis l’introduction de cinq autres filialesde Ynna Holding. Une autre promesse non tenue. Mais qui s’en rappelle vraiment ? Les gens ont oublié cela tout comme ses retournements des vestes politiques du bon côté (il était successivement istiqlalien, UC, PPS et PJd). Pour lui, les partis, qu'il ne tient pas en estime, étaient juste des sigles qu'il changeait au gré de ses intérêts du moment. Une chose est sûre : L’empire Chaâbi n’est pas vraiment ce que l’on croit. Son fondateur aussi. Et si celui-ci avait juste bâti un château de cartes ?

 

Papa décide de tout 

Miloud Chaâbi n’est pas le genre à aspirer au repos, ayant le plus grand mal du monde à se détacher de ses mille et un business qu’il surveille comme le lait sur le feu. Même affaibli physiquement, l’homme continue à jouer comme toujours les seuls maîtres à bord, qui rechigne à déléguer la moindre parcelle de son pouvoir. Quant à ses enfants dont le très gentil Omar affublé d’un titre de façade de vice-président exécutif, ils ne possèdent d’autres attributions que celles de bénir et de relayer les décisions, justes ou mauvaises, que papa est le seul à prendre. Sans partage. Quand le papa parle, les rejetons se taisent. C’est la règle dans le clan Chaâbi.
 

 

 

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